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mardi 8 août 2023

Des miettes d'été





 

Pas de  golfe  cette  année  et  pas  de  rencontres  tai chi. 

Juste  un  été  à  la  maison. Ce  serait  presque  un  "été  de  vieux " si les  amis  musiciens  n'étaient  pas  venus passer  quelques jours. 

 La  maison  résonne  de  chants  et  de  musique, nous  oeuvrons  en  cuisine pour faire découvrir la  gastronomie  française  à  ces  jeunes  étrangers  venus  d'un  peu  partout.

J'ai  même  rangé  (rapidement  et provisoirement ) la Table  car  il n'était  pas  possible  de  manger  dans  le  jardin.  

Louisa, une  de  nos  matoutes  chéries  a chopé  un  cancer qui,  parait  il,  lui  laisse  3  mois  d'espérance de  vie. Pour  l'instant la  cortisone  la maintient  bien, et  elle  fait  illusion : elle  a  même  retrouvé  son  obsession  de  casser  la  figure  à  Hefcat la  plus  jeune sous  le  regard  blasé  de  Berthold.

Nous  avons  pris  la  décision  de  la  garder  avec  nous  et  de  ne  pas  partir  en  vacances pour  qu'en cas  d'aggravation, elle  ne  soit  pas  seule.

L'été  se  passe  donc  en  lectures, musique, séries  télé,  aménagement  du  prochain  paradis (=la  prochaine  serre). Je  joue  au  scabble  contre  mon  professeur  d'anglais : bien  qu'Anglaise  elle  arrive  à  me  mettre  la  pâtée  une  fois  sur  deux. 

J'écoute  les  récits  des  stages  tai  chi  passés  et  à  venir. Ma  santé  ne  m'a  pas  permis de  participer  aux  rencontres  Jasnières.

Dans  ma  tête  je  suis  encore  le  guerrier  maitre  d'arts  martiaux  fantasmé ;   dans  la  vraie  vie, et  dans  le  miroir, je  suis  ce  vieux  type arthrosique au souffle  court... 

Je  ne  suis  pas  triste,  juste un  peu nostalgique  du  temps  qui  passe. 

Il  pleut  sur  mon  été  mais  je  ne  m'en  plains  pas : je vais en profiter  pour  me  reposer  un  peu devant  ma  Table  presque  vide.  

 

Bonjour Vieillesse……Un très beau texte de Bernard Pivot .
J'aurais pu dire:
Vieillir, c'est désolant, c'est insupportable,
C'est douloureux, c'est horrible,
C'est déprimant, c'est mortel.
Mais j'ai préféré «chiant»
Parce que c'est un adjectif vigoureux
Qui ne fait pas triste.
Vieillir, c'est chiant parce qu'on ne sait pas quand ça a commencé et l'on sait encore moins quand ça finira.
Non, ce n'est pas vrai qu'on vieillit dès notre naissance.
On a été longtemps si frais, si jeune, si appétissant.
On était bien dans sa peau.
On se sentait conquérant. Invulnérable.
La vie devant soi. Même à cinquante ans, c'était encore très bien….Même à soixante.
Si, si, je vous assure, j'étais encore plein de muscles, de projets, de désirs, de flamme.
Je le suis toujours, mais voilà, entre-temps j'ai vu le regard des jeunes…..
Des hommes et des femmes dans la force de l'âge qui ne me considéraient plus comme un des leurs, même apparenté, même à la marge.
J'ai lu dans leurs yeux qu'ils n'auraient plus jamais d'indulgence à mon égard.
Qu'ils seraient polis, déférents, louangeurs, mais impitoyables.
Sans m'en rendre compte, j'étais entré dans l'apartheid de l'âge.
Le plus terrible est venu des dédicaces des écrivains, surtout des débutants.
"Avec respect", "En hommage respectueux", "Avec mes sentiments très respectueux".
Les salauds! Ils croyaient probablement me faire plaisir en décapuchonnant leur stylo plein de respect? Les cons!
Et du « cher Monsieur Pivot » long et solennel comme une citation à l'ordre des Arts et Lettres qui vous fiche dix ans de plus !
Un jour, dans le métro, c'était la première fois, une jeune fille s'est levée pour me donner sa place…..
J'ai failli la gifler. Puis la priant de se rassoir, je lui ai demandé si je faisais vraiment vieux, si je lui étais apparu fatigué. !!!... ?
-- "Non, non, pas du tout, a-t-elle répondu, embarrassée. J'ai pensé que".
-- Moi aussitôt : «Vous pensiez que?
-- "Je pensais, je ne sais pas, je ne sais plus, que ça vous ferait plaisir de vous asseoir".
- "Parce que j'ai les cheveux blancs"?
- "Non, c'est pas ça, je vous ai vu debout et comme vous êtes plus âgé que moi, çà été un réflexe, je me suis levée".
-- "Je parais beaucoup…beaucoup plus âgé que vous"?
-"Non, oui, enfin un peu, mais ce n'est pas une question d'âge".
-- "Une question de quoi, alors?"
- "Je ne sais pas, une question de politesse, enfin je crois".»
J'ai arrêté de la taquiner, je l'ai remerciée de son geste généreux et l'ai accompagnée à la station où elle descendait pour lui offrir un verre.
Lutter contre le vieillissement c'est, dans la mesure du possible, ne renoncer à rien.
Ni au travail, ni aux voyages, ni aux spectacles, ni aux livres, ni à la gourmandise, ni à l'amour, ni au rêve.
Rêver, c'est se souvenir tant qu'à faire, des heures exquises.
C'est penser aux jolis rendez-vous qui nous attendent.
C'est laisser son esprit vagabonder entre le désir et l'utopie.
La musique est un puissant excitant du rêve. La musique est une drogue douce.
J'aimerais mourir, rêveur, dans un fauteuil en écoutant soit l'adagio du Concerto no 23 en la majeur de Mozart,
soit, du même, l'andante de son Concerto no 21 en ut majeur,
musiques au bout desquelles se révèleront à mes yeux pas même étonnés les paysages sublimes de l'au-delà.
Mais Mozart et moi ne sommes pas pressés.
Nous allons prendre notre temps.
Avec l'âge le temps passe, soit trop vite, soit trop lentement.
Nous ignorons à combien se monte encore notre capital. En années? En mois? En jours?
Non, il ne faut pas considérer le temps qui nous reste comme un capital.
Mais comme un usufruit dont, tant que nous en sommes capables, il faut jouir sans modération.
Après nous, le déluge?....Non, Mozart.

Voilà, ceci est bien écrit, mais cela est le lot de tous, nous vieillissons !...
Bien ou mal, mais le poids des ans donne de son joug au quotidien
Bernard Pivot

2 commentaires:

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